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100 % du capital d'EDF : pourquoi ce n'est pas du communisme

EDF doit faire l’objet d’une étatisation dans les jours prochains. Qu'est-ce que ça cache ? Le gouvernement est-il soudainement devenu communiste ? Surtout, pourquoi le gouvernement s’apprête-t-il à passer à 100% du capital d’EDF ?


Avant de rentrer dans le curieux détail de cette affaire, la première chose à remarquer, c’est que le gouvernement désobéit aux règles européennes. Les commissaires européens vont d’ailleurs certainement demander des comptes à la France, et la mettre à l’amende.

Il y a quelques jours, désobéir aux règles européennes était considéré comme inadmissible et extrême par ceux-là même qui trouvent Borne responsable aujourd'hui. Les médias ont bien raison de trouver cela normal, mais on remarquera juste le deux poids deux mesures quand il s’agit d’une désobéissance du côté de Macron ou proposée par la gauche. La désobéissance de Borne-Le Maire-Macron, elle ne fait pas même l’objet d’une ligne dans la presse aujourd’hui.


Quelle est la réalité cachée dans cette affaire ? Le contexte technique : EDF doit revendre l’énergie à ses concurrents à un prix largement inférieur à celui du marché, 42€ par méga watt heure au lieu des 300€ qu'elle paie quand elle en achète sur le marché européen de l'énergie. Ça, on le comprend. Maintenant le mystère de l'étatisation.

À cause de cette obligation légale, EDF s'endette et c'est de pire en pire : les premières estimations qui parlaient d’un déficit de 8 milliards pour l'année sont revues : on serait plus proche des 10 milliards. Si bien que sans étatisation, c’est la mort assurée de l’entreprise.


Pour autant, il ne faut pas s’y tromper, il ne s’agit à aucun moment d’une nationalisation ou d’une socialisation – ni même d'une étatisation pour sauver le fleuron de l'industrie qu'est EDF – et ce pour une raison simple, qui n’est pas technique – mais dont on parle peu.


Parce que certes, dans le détail, EDF restera une SA, et n’obtiendra pas le statut d’entreprise public, aka d'une EPIC. Mais si encore ce n’était que ça.

L’enjeu véritable, c’est qu’il n’y a aucune stratégie industrielle. Juste une volonté d’indemniser les actionnaires d’une part (les fameux petits porteurs, de chez BlackRock, Vanguard ou APG), qui détiennent encore à ce jour 16% du capital – les 84% restant étant déjà détenus par l’État ; et d’autre part de permettre au secteur de l’énergie de capitaliser sur le dos du contribuable.


Comme si ça ne suffisait pas, une des manières dont l’Europe s’y prendra certainement pour demander des comptes, même si on ne peut que conjecturer à l'heure actuelle, c’est de rappeler son exigence de privatiser les barrages hydrauliques. Le secteur de l’énergie, selon les règles européennes, doit rentrer dans le cadre de la concurrence libre et non faussée. En 2015, déjà, Ricardo Cardoso, heureux commissaire de l’Europe, a exigé de la France qu’elle se plie à cette mise en concurrence dans une lettre emplie de bonne humeur : « les États membres sont tenus de veiller, en ce qui concerne les entreprises publiques et les entreprises auxquelles ils accordent des droits spéciaux ou exclusifs, à n'édicter et à ne maintenir aucune mesure contraire aux règles des traités, et notamment de concurrence », avait-il ainsi rappelé au nom de la Commission.

Notons que sur ce point, l’Allemagne désobéit, et – elle a bien raison – ne privatise pas les barrages. Mais Emmanuel Macron ne cherchera pas à résister longtemps : il aurait déjà prévu de privatiser un tiers des barrages du pays, d’après un documentaire de 2020 nommé « Barrages, l’eau sous haute tension ».


La CGT Énergie a résumé tout ça :

L’État sera donc bien un « État actionnaire » de la Société Anonyme alors que nous voudrions voir un « État Stratège » d’un EPIC 100% public. CGT (FNME)


La flambée des prix de l’énergie est bien un prétexte pour Borne, et l’étatisation d’EDF une stratégie vers sa privatisation. Le bouclier tarifaire est responsable des difficultés financières d’EDF : c’est donc le contribuable qui va le payer, là où une taxation sur TotalEnergie aurait été légitime – voire dans le cadre de la transition énergétique, une socialisation pure et simple.

Aucun bilan n’est tiré de la mise sur le marché de l’énergie : pourtant, elle n’a permis que des hausses des prix et une désindustrialisation du secteur, qui ne jure plus que par les profits, là où il faudrait planifier l’avenir de la filière et faire de la gestion des risques, par exemple pour éviter les problèmes de corrosion dans les centrales nucléaires qui mènent à leurs fermetures. Seulement 30 centrales nucléaires sur 57 tournent actuellement.


L’étatisation d’EDF est une subvention détournée du secteur de l’énergie, au profit des actionnaires.


Quant au grand projet de Macron de création de nouveaux EPR, ce n’est pas avec la privatisation que l’État y parviendra : il y a besoin d’une stratégie, c’est-à-dire de recherche et de développement, de planification, et de compréhension du tissu industriel pour faire intervenir les acteurs qui ont la culture industrielle nécessaire dans le secteur. Les EPR français actuellement en construction au Royaume-Uni, en Finlande et en Chine sont d’ailleurs des gouffres financiers faute de cette planification.


Or, Macron, qui ne cesse de faire l'éloge des start-up, et d'insulter les ouvriers, en oublie semble-t-il qu’au-delà des postures, ce sont eux dont on a en réalité besoin pour construire l’avenir énergétique du pays. Une stratégie industrielle, c’est davantage que la création d’un slogan et d'un décor. Macron le comprend-il seulement ? Plus grave encore, n’est-il pas si mal entouré sur ces questions que personne autour de lui ne comprend le besoin de stratégie ?

Quel que soit le scénario (avec ou sans nucléaire), c’est avec les travailleurs de l’énergie qu’il se fera. Ne rien faire, et ne rien faire depuis cinq ans, c’est se condamner à ce qui va se produire : des coupures de courant et la transformation de l’énergie en un bien de luxe. Macron met en danger tout un secteur qui est pourtant, au 21e siècle, essentiel à la vie en société.

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Et même ça, ce serait le minimum…

Le 4 août 2022 à 10h21

Bien dit. Tenter - comme le font le gouvernement et certains médias - de faire passer cette annonce pour une mesure de gauche est d'une hypocrisie totale et n'est que pure communication. Comme toujours l'Etat vole au secours des entreprises en difficulté mais les français ne bénéficient jamais des profits. Si au passage, tout en faisant comme si il n'y avait aucune différence entre une réelle nationalisation et un actionnariat, on peut construire des EPR alors pourquoi se priver franchement..

🙂

Vindicte - dernière mise à jour le 23 décembre 2021

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