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Pascal Branchu, opposant historique du projet Bridor, répond au milliardaire Le Duff

La Vindicte Elliptique🌎 Actu

Le 11 novembre 2022 à 19h10

Titus
Révolutionnaire acharné

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Bridor
Louis Le Duff menace d'installer son usine de croissants surgelés à l'étranger. Pire, le milliardaire Louis Le Duff est amer. Il est chagrin. Il ne comprend pas. On a demandé à Pascal Branchu des explications.

Louis Le Duff perd patience. Il ne comprend pas pourquoi certains s’opposent à son projet de boulangerie industrielle. Des centaines d’emploi, c'est vrai, donc une aubaine pour la Bretagne, et pour le rayonnement de la France à l’étranger puisque les viennoiseries sont destinées à l’exportation.

Dans un article des Échos, Louis Le Duff dit qu’il est amer. Il rajoute aussi qu’il ne comprend pas. Ce Breton natif qui a commencé ses activités à Brest et qui met en avant un savoir-faire industriel dans le secteur ô combien français des croissants, et ô combien breton au beurre, s’étonne qu’on ne le laisse pas développer son projet sur ses terres d’origine.

« C’est un gamin qui pigne » résume Pascal Branchu, le président de l’association La Nature en Ville. Selon lui, cette réaction, c’est parce qu’il sent qu’« il est en train de perdre la bataille d’opinion, il n’aime pas ça ». Et de rappeler qu’une manifestation est organisée demain, samedi 12 novembre, devant le siège du groupe Le Duff.

Sauf que Loïg Chesnais-Girard, le président PS-NUPES de la région Bretagne, soutient le projet. Il semble même inquiet, dans un entretien accordé à Ouest-France. « Viser l’effondrement de l’agro-alimentaire est un risque majeur pour notre sécurité alimentaire. […] Que celles et ceux qui ne veulent pas d’usines, pas d’ouvriers, aillent voir dans les régions frappées par la désindustrialisation pour savoir de quoi ils parlent. »

Problème avec ces arguments, la production est destinée à l’exportation exclusivement. Et le tissu industriel ? « Cette usine, c’est un concept logistique, pas du vrai travail. Ça va servir à donner à manger aux machines, répond Pascal Branchu. Ce travail, ce sera des intérimaires qui le feront, qui travailleront à -5° dans des conditions dont personne ne veut. D’ailleurs, dans ses deux autres usines situées à moins de 60km, Le Duff a du mal à embaucher, tant ce travail est peu reluisant. »

Du reste, Liffré est un lieu déjà industrialisé : il y a déjà une usine Canon sur la zone d’activité alors que la population de Liffré est principalement composée de cadres et de professions intermédiaires. Les intérimaires viendront de Rennes : « ils se retrouveront à dormir dans leurs voitures », prévoit Pascal Branchu.


Coup de pression de Le Duff ou réel abandon ?

« Dans une tribune signée par 60 associations, et élus, et artisans, on a été clairs : ni ici, ni ailleurs. » Parmi les 60 associations on retrouve la LPO, la Confédération paysanne, Eau et Rivières de Bretagne, des partis politiques comme EELV et Ensemble!, des artisans boulangers et des élus, comme Mathilde Hignet (LFI) et Frédérique Mathieu (LFI)…

Alors que le gouvernement n’a pas officiellement pris position sur ce projet, on devine le soutien d’Emmanuel Macron et de Bruno Le Maire. Des voix se font entendre pour demander leur soutien.

« Nous sommes du côté du droit », rétorque Pascal Branchu, en parlant du collectif COLERE, dont il fait partie avec l’association La Nature en Ville et d’autres opposants au projet. Il dénonce des enquêtes truquées – en tout cas sous-évaluées –, dont l’agglomération de Liffré est selon lui coutumière.

Cœur des débats aujourd’hui : l’eau. Pour le président de la région Bretagne, il faudra veiller à réduire cette consommation, mais elle est acceptable en l’état. Autre son de cloche, on s’en doute, du côté des opposants : « ils [l’enquête, ndlr] donnent un chiffre de 200 000m3, donc il y aura des dérogations pour consommer plus. À Servon-sur-Vilaine [une autre usine Bridor dans le secteur, ndlr], la consommation réelle est de 300 000m3 pour 9 hectares. » Et la surface du projet d’usine de Liffré est de 21 hectares.

Autre point de contention, le terrain à artificialiser a été bradé (10 euros le mètre carré contre 35 euros pour des terrains sur une ZAC non loin de là), et Le Duff pourra bénéficier de subventions de la part de la région et de l’État. Un investissement quasi-nul.

« Il y a collusion entre les acteurs industriels, les lobbys de l’agro-alimentaires bretons, et certains élus, comme Loïg Chesnais-Girard. C’est eux qui ont payé sa campagne », semble savoir Pascal Branchu. On croit souvent que les patrons sont contre toute forme d’intervention publique. Or l’industrie agro-alimentaire n’a pas l’air d’être entièrement contre l’intervention publique dans leurs affaires, tant que cette intervention vise leurs intérêts privés. « Ce sont des barons locaux, » résume Pascal Branchu.


Les opposants sont-ils contre les croissants et l’emploi ?

Ce n'est pas toujours évident : est-ce qu'on s'oppose à toute forme d'industrie si on s’oppose à l'artificialisation des terres ? « On peut commencer par prendre des friches. Là, c’est un terrain naturel qu’on sacrifie. Cette usine, c’est 650 tonnes de surgelés par jour, c’est 160 semi-remorques par jour qui iront encombrer la rocade rennaise. C’est le modèle du capitalisme qui pille la planète. »

Peut-être que Louis Le Duff est réellement triste de ne pas exporter le savoir-faire français des croissants au beurre ? « À Rennes, 80 % des boulangers utilisent des surgelés qui proviennent de ce type d’usines. Il ne reste que 20 % de vrais boulangers. » Une manière de rappeler que cette industrie ne défend pas réellement le rayonnement de quoi que ce soit, ni à l’étranger ni en France, mais utilise les traditions pour agrandir son porte-monnaie.

Loïg Chesnais-Girard, l'ancien maire de Liffré, est peut-être vraiment inquiet. Mais certainement pas pour l’industrie bretonne, plutôt parce qu’il est en train de perdre la bataille de l’opinion. « On nous a demandé de changer le parcours de la dernière manifestation au dernier moment. On a accepté et je n'ai pas tout de suite compris pourquoi, se remémore Pascal Branchu. En fait, la préfecture ne voulait pas qu'on passe devant la maison de M. Chesnais-Girard. »

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Vindicte - dernière mise à jour le 18 novembre 2022

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