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Le retour de Lula au Brésil: un nouvel espoir de gauche face à la montée de l’extrême-droite?

Espoirs de l'Amérique latineActu

Le 9 octobre 2022 à 13h21

SébastienV
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Actualité internationale
Le dimanche 2 octobre dernier, a eu lieu le 1er tour des élections présidentielles au Brésil. Lula arrive en tête, face au candidat d'extrême-droite Jair Bolsonaro.

Le dimanche 2 octobre dernier, Lula, candidat de gauche du Parti des Travailleurs et qui fut déjà président du Brésil entre 2003 et 2010, arrive en tête lors du 1er tour des élections présidentielles avec 48,43% des voix face à Bolsonaro, actuel président du Brésil et candidat de l’extrême-droite pour sa réélection, qui lui obtient 43,20% des voix.

Alors qu’en Europe la montée récente de l’extrême-droite constitue un véritable danger pour la démocratie et pour plus de progrès social, en Amérique latine, l’arrivée au pouvoir de nouveaux présidents de gauche constitue un nouvel espoir pour le renouveau démocratique et les luttes d’aujourd’hui.

Allons-nous vers une nouvelle présidence de gauche en Amérique latine, après l’Argentine, le Chili et plus récemment la Colombie?

L’extrême-droite en Europe, avec les résultats des dernières élections législatives en Suède et en Italie, ou la percée du RN en France, paraît avoir le vent en poupe. D’autant plus qu’elle dispose maintenant de l’appui de la droite néolibérale.

En Suède, le 11 septembre dernier, c’est le bloc formé par des partis de droite et d’extrême-droite qui obtient la majorité des sièges au parlement: avec 176 sièges, face à 173 sièges pour le bloc de gauche. Le parti d’extrême-droite “Démocrates de Suède”, bien qu’il ne rentre toujours pas officiellement au gouvernement, fait alliance avec le parti des Modérés, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux, qui doivent encore décider du nouveau Premier ministre.

Alors que plus récemment en Italie (le 25 septembre), Giorgia Meloni, du parti néo-fasciste Frères d’Italie, accède au poste de 1ère ministre dans une coalition qui inclut un autre parti d’extrême-droite (Ligue d’Italie de Matteo Salvini) et un parti de droite néolibérale: Forza Italia de Berlusconi.

Pour la cas de la France, le RN réalise une percée en obtenant 89 sièges à l’assemblée nationale lors des élections législatives du mois de juin dernier, alors qu’il n’avait obtenu que 8 sièges lors des élections législatives de 2017.

Cependant, c’est en Amérique latine que le vent en poupe se dirige vers le sens inverse avec de nouveaux présidents de gauche.

Déjà, en décembre 2019 en Argentine, avec l’élection d’Alberto Fernandez à la présidence de la république et sous l’étiquette du “Front de tous” (coalition de gauche et de centre-gauche), la déroute de la droite commençait déjà à porter ses fruits en Amérique latine. Mauricio Macri, le président de droite néolibérale et candidat à sa réelection, n’avait obtenu que 40,28% des voix, face aux 48,24% obtenus par Alberto Fernandez.

Avec une politique de rigueur, d´endettement auprès du FMI afin de remédier à la crise économique, de supression des subventions publiques aux ménages et une réforme du marché de travail pour rendre ce dernier plus flexible, le bilan social était désastreux. Vers la fin du mandat de Mauricio Macri, environ 40% de la population argentine vivait sous le seuil de pauvreté, l’inflation avait augmenté et de plus en plus d’Argentins souffraient d’une insécurité alimentaire.

Aujourd’hui, après bientôt 3 ans à la présidence de la république, le bilan économique d’Alberto Fernandez est assez mitigé. Cependant, pour les luttes d’aujourd’hui, des avancées furent réalisées pour la communauté LGBT avec la loi de discrimination positive pour qu’au moins 1% des postes de fonctionnaires soient réservés à des travestis, transexuels ou transgenres. Et pour ce qui concerne le droit à l’avortement, le projet de loi permettant d’avorter jusqu’à la 14ème semaine de gestation (ce qui était une de ses promesses de campagne), fut adopté. Ainsi, aujourd’hui l’Argentine fait partie des 4 pays d’Amérique latine, avec Cuba, le Guyana et l’Uruguay, à avoir approuvé l’IVG sans conditions.

Au Chili, les manifestations massives des mois d’octobre et novembre 2019, qui au début commencèrent comme une réaction à l’augmentation du prix du métro et qui finirent par s’élargir comme une contestation à tout le système socio-économique hérité de la dictature du général Pinochet (1973-1990), aboutit vers un référendum pour changer la Constitution héritée de cette même dictature.

Avec de fortes inégalités sociales issues du néolibéralisme dans le pays, l’origine de ce malaise social fut compris par l’ensemble de la population chilienne comme étant cette Constitution qui date de 1980, puisque le référendum qui eut lieu le 25 octobre 2020 (un an après la grande révolte) donna comme résultat gagnant l’option “oui” avec 78,31% ainsi que 79,18% pour l’option d’une assemblée constituante entièrement élue et non mixte. En effet, la constitution de 1980 héritée de la dictature militaire limite le rôle de l’État dans l’économie pour favoriser les privatisations, le Chili étant officiellement un “État subsidiaire” à travers cette constitution, ce qui veut dire que l’État chilien garantit et protège toute sorte d’initiative de la part des entreprises privées, et ceci dans toutes les sphères de l’économie et de la société.

L’arrivée à la présidence de la république de Gabriel Boric, le 11 mars 2022 avec une coalition de partis de gauche, suite à une élection où il obtint 55,8% des voix face aux 44,13% obtenus par le candidat d’extrême-droite José Antonio Kast (issu du pinochetisme), confirma le désir de changement exprimé par l’ensemble de la population chilienne depuis les manifestations de fin 2019. Gabriel Boric est issu des mouvements étudiants qui avaient déjà secoué le pays entre 2011 et 2012 pour une société plus juste et égalitaire.

En Colombie, l’arrivée au pouvoir le 7 août 2022 d’une vraie alternative progressiste avec l’élection à la présidence de Gustavo Petro (ancien guérillero du M-19) et aujourd’hui membre du parti Colombia Humana, qui est un parti qui promeut la social-démocratie, l’écologie et le féminisme, confirme aussi un revirement à gauche de l’ensemble des pays latino-américains.

La Colombie avait été jusque là gouvernée traditionnellement par des conservateurs et des modérés. Mais suite à des promesses pour gouverner en faveur des pauvres et des minorités, en augmentant les impôts aux plus riches, en garantissant l’accès à l’éducation publique gratuite, l’accès à l’emploi avec un salaire minimum et l’augmentation des aides de l’État, Gustavo Petro devient le premier président de l’histoire de la Colombie avec une réelle alternative de gauche.

Historiquement, le système électoral colombien bloquait toute alternative de changement pour avoir une société plus juste et égalitaire, ce qui amena à une lutte armée portée par des guérillas à partir des années 1960, notamment par les FARC, de tendance marxiste-léniniste. Cependant les accords de paix de 2016 entre l’État colombien et les FARC devraient permettre d’en finir définitivement avec le conflit armé qui sévit le pays depuis plus de 50 ans.

C’est donc dans ce contexte favorable pour la gauche latino-américaine que réapparait Lula au Brésil.

En tant qu’ancien ouvrier métallurgique, leader syndicaliste et fondateur du Parti des travailleurs, qui est un parti issu du syndicalisme et qui se situe dans la ligne centre-gauche et gauche, Lula avait déjà accédé à la présidence du Brésil en 2003 comme une vraie alternative progressiste dans un pays qui connait de fortes inégalités sociales et économiques. Le Brésil étant considéré comme un des pays les plus inégalitaire au monde.

Durant ses 2 mandats (de 2003 à 2010), son gouvernement réussit à réduire notablement la pauvreté, avec des programmes comme “Bolsa Familia” et “Hambre Cero”. “Bolsa Familia” étant un programme d’aide financière aux familles les plus démunies. Dont les seules contre-parties demandées sont que les enfants des familles soient scolarisés et qu’ils respectent les calendriers de vaccination. Ce programme inclut également des aides aux jeunes défavorisés pour leurs études. Quant à “Hambre Cero”, il s’agit d’un programme d’aide directe aux familles les plus pauvres, avec la création d’un système de réserves d’eau pour les zones les plus arides du pays, la création de restaurants à bas prix, l’éducation et la sensibilisation sur les bonnes habitudes alimentaires, la distribution de vitamines, des aides pour l’agriculture familiale de subsistance.

Résultat: 30 millions de Brésiliens sortirent de la pauvreté en moins d’une décennie à travers ces programmes portés par le gouvernement de Lula. Des organisations internationales comme l’OIT (Organisation Mondiale du Travail) et la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) ont salué ces initiatives.

Quant à l’actuel président du Brésil (depuis le 1er janvier 2019) et candidat à sa réélection, Bolsonaro, qui est un ancien militaire, considéré comme étant d’extrême-droite et ultra-conservateur pour ses positions nationalistes, pour son opposition au droit à l’avortement et pour sa défense de la dictature militaire de 1964-1985, le bilan est désastreux.

Durant son mandat il a fait diminué la protection aux populations indigènes de l’Amazonie, en se manifestant contre les ONG de défense de l’environnement et contre les territoires réservés à ces populations. Il fait aujourd’hui l’objet de 5 dénonciations auprès de la cours pénale internationale de La Haye pour génocide et crime contre l’humanité envers les populations autochtones et pour l’accentuation de la déforestation de l’Amazonie.

Dans une logique néo-libérale, il a également réduit le financement du programme “Bolsa Familia” lancé dès l’année 2003 lors du premier mandat de Lula et élimina les aides à près d’un million de personnes.

Quant à la pandémie du Covid et dans une logique complotiste, il se positionna contre les mesures de prévention en s’opposant aux mesures de quarantaine et destitua 2 ministres de santé.

Lula, sera-t-il de nouveau président du Brésil?

Avec 48,43% des voix lors du 1er tour des élections présidentielles du dimanche 2 octobre dernier, il a 5 points d’avance face à Bolsonaro, qui lui obtient 43,20% des voix. Les pronostics sont favorables à sa réelection pour le second tour qui aura lieu le 30 octobre prochain. Il dispose maintenant de nouveaux appuis, notamment de la part du centre.

Jeudi dernier, Michel Temer, du parti MDB (Mouvement démocratique brésilien), qui est un parti attrape-tout car il inclut des conservateurs comme des libéraux ou des politiciens de centre-gauche, lui donne officiellement son appui. Pourtant Michel Temer avait été président du Brésil entre 2016 et 2018 suite à une destitution de la part des conservateurs de Dilma Roussef, première femme à la présidence de l’histoire du pays et qui avait succédé à Lula en 2011 pour continuer avec sa politique sociale et économique afin de réduire l’extrême pauvreté.


Le 31 octobre 2022 à 16h42

Titus
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Vindicte - dernière mise à jour le 18 novembre 2022

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